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Article mis en ligne le 15 mai 2011
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Les « entretiens de carrière » ne sont pas obligatoires, refusons-les !

Tract, courrier à l’IA et modèle de courrier aux IEN

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Tract de SUD éducation Loire sur les entretiens de carrière

Dans le cadre du « pacte de carrière » défini par la circulaire ministérielle du 14 mars 2011, les collègues qui ont 2 ans ou 20 ans d’ancienneté reçoivent des courriers de leur hiérarchie en vue d’un « entretien de carrière » en dehors du temps de travail, accompagné en général d’un document d’auto-évaluation qu’il faudrait remplir avant l’entretien. Des supérieurs font pression sur les collègues, certain-e-s allant même jusqu’à affirmer (mais toujours oralement) qu’ils sont obligatoires. C’est faux.

SUD éducation dénonce ces pressions inacceptables ! Nous rappelons que d’après le ministère lui-même, ces entretiens ne sont pas obligatoires.

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Courrier de SUD éducation Loire à l’IA sur les entretiens de carrière

SUD éducation Loire a écrit à l’IA pour lui demander de rappeler ce fait et de faire cesser toute pression.

Les collègues qui ont reçu ces courriers peuvent le vérifier directement : par écrit, jamais on ne leur signifie une obligation. Les collègues sont « invité-e-s » à une rencontre, on leur « propose » un entretien, etc. Dites-vous bien que si ces entretiens étaient obligatoires, on ne vous proposerait rien, on ne vous inviterait pas : on vous convoquerait à un entretien obligatoire, purement et simplement.

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Courrier de SUD éducation Loire à l’IA sur les entretiens de carrière

Pour les collègues qui reçoivent des pressions de leur hiérarchie et à qui on affirme oralement que ces entretiens sont obligatoires, nous les invitons à demander (oralement mais surtout par écrit, y compris par courrier électronique) un courrier écrit notifiant cette obligation.

En l’absence d’obligation notifiée par écrit, nous vous appelons à ne pas participer à cet entretien.

Si jamais vous receviez une notification écrite portant obligation, contactez-nous le plus vite possible.

Ces entretiens initient une nouvelle modalité d’évaluation des enseignant-e-s, dans le cadre d’un management inspiré de l’entreprise privée : comptable, individualisé, caporalisé

Si ces entretiens n’étaient, comme cela est affirmé, qu’un service rendu aux collègues pour faire le point sur leur mobilité, on ne voit pas pourquoi la hiérarchie en ferait un tel enjeu. C’est que la réalité est tout autre.

Premiers pas vers l’évaluation par entretien professionnel

Toutes les précautions sont prises cette année pour expliquer que cet entretien bon enfant est complète-ment déconnecté de toute évaluation.

Un courrier de la Direction Générale des Ressources Humaines du Ministère de l’Éducation Nationale daté du 14 janvier 2011 dévoile portant le pot aux roses : « En 2012, la mise en place des nouvelles modalités d’appréciation de la valeur professionnelle des enseignants qui se substitueront à la double notation actuellement en vigueur, supposera l’organisation d’entretiens professionnels. (…) Concrètement, les personnels qui seront reçus en 2010-2011 dans le cadre des seuls entretiens à 2 et 20 ans inaugureront en quelque sorte une nouvelle modalité « d’accompagnement RH » (…). Mais dés 2012, (…) cet entretien initié pour une première cohorte d’enseignants en 2011, deviendra l’un des volets du futur entretien professionnel.  »

Un management sur le modèle de l’entreprise capitaliste

SUD éducation est opposé à la notation, aux inspections infantilisantes, à l’évolution différenciée des carrières... Mais les nouvelles modalités d’évaluation des personnels qui sont en train de se mettre en place sont encore pires ! On passe à l’ère du management sur le modèle de l’entreprise capitaliste.

Les grilles préfigurent des outils d’autoévaluation particulièrement pervers : on doit soi-même s’évaluer... à travers les yeux de la hiérarchie et ses critères désormais purement comptables.

En 2010, dans l’académie test d’Orléans-Tours, des enseignant-e-s du second degré convoqué-e-s par leur chef d’établissement pour leur note administrative ont dû remplir une fiche d’auto-évaluation, dite « Guide pour l’entretien professionnel » : sous la rubrique « Activité – Efficacité », il n’est à aucun moment question d’enseignement ou de pédagogie, mais de la « Contribution à la mise en œuvre des objectifs contractuels », de la « Contribution à la mise en œuvre des dispositifs récents », de l’« Implication dans des activités extra-disciplinaires »...

Individualisation, mise en concurrence, caporalisation

Exit les grilles d’avancement, qui certes n’étaient pas satisfaisantes, mais s’appliquaient partout. A commencé l’ère de la gestion individualisée des carrières. Les plus « méritant-e-s » seront gratifié-e-s d’un ou plusieurs mois de réduction par rapport à l’ancienneté moyenne pour accéder à l’échelon supérieur, tandis que d’autres seront pénalisé-e-s par des majorations.

Ainsi le supérieur hiérarchique (chef d’établissement dans le secondaire et Inspecteur dans le primaire) aura un pouvoir personnel accru : cela ne peut conduire qu’à des disparités, à des injustices plus grandes que le système actuel, et nécessairement à l’exercice de pressions, voire à des abus de pouvoir.

Ces entretiens contribueront à opposer les personnels, soumettre chacun-e à l’arbitraire, et casser toute résistance collective.

Des logiques comptables et non éducatives

L’évaluation devant remplacer la notation, que va-t-on évaluer ? Le décret d’application de la loi « de modernisation de la Fonction Publique » le précise : « 1° Les résultats professionnels obtenus par le Fonctionnaire (…) 2° Les objectifs assignés au Fonctionnaire pour l’année à venir et les perspectives d’amélioration de ses résultats professionnels (…) 3° La manière de servir du Fonctionnaire. 4° Les acquis de son expérience professionnelle (…) 5° Les besoins de formation du Fonctionnaire (…). 6° Ses perspectives d’évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité. »

L’enseignant-e sera donc jugé-e sur les résultats de ses élèves à la « validation des compétences », aux évaluations en primaire, aux examens dans le secondaire, aux taux de passages et redoublements... Chacun-e sera comptable personnellement de ces résultats, devra produire du chiffre, l’humain dis-paraît, la dimension collective de l’acte éducatif est gommée comme sa dimension sociale.

Le fichage des compétences, pour les enseignant-e-s aussi !

Ces nouvelles modalités d’évaluation des enseignant-e-s s’inscrivent dans une logique globale, celle de l’évaluation par compétences et du fichage généralisé. Après le livret de compétence pour les élèves, une circulaire récente crée en effet un « Livret de compétences » pour les enseignant-e-s eux-mêmes : officiellement un portefeuille de compétences dématérialisé. Publié au Bulletin Officiel le BOEN n° 13 du 31 mars 2011, le point 3 de cette circulaire indique :

« Les enseignants doivent être accompagnés dans le développement de leur carrière comme dans leurs projets de mobilité et de préparation à l’exercice de nouvelles fonctions. Les formations suivies et les besoins de formation exprimés sont pris en compte dans le cadre de l’évaluation individuelle des professeurs. De manière à ancrer le métier dans un parcours professionnel et à valoriser la formation tout au long de la vie, est créé un portefeuille de compétences croisant les données sur les acquis de la formation et celles liées à la carrière et à la mobilité. Ce portefeuille de compétences dématérialisé peut enregistrer les appréciations et conseils des inspecteurs pédagogiques territoriaux et des conseillers mobilité carrière. Il est mis en place dès l’année de stage. Il s’appuie sur le référentiel de compétences fixé par l’arrêté du 12 mai 2010.  »

Des compétences pourront être validées par des formations professionnelles pendant les vacances, ce qui donnera droit à accéder à des postes à profil, autre instrument d’arbitraire et d’individualisation des carrières...

Les raisons ne manquent pas :

SUD appelle les collègues à refuser ces entretiens professionnels !


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